J'ai quitté la marina de Cienfuegos le lundi 5 juin après que Jean Claude eut défait les amarres d'Aotearoa.

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En passant devant le village des pêcheurs, j'ai eu la surprise d'apercevoir mes amis qui me font des signes amicaux en guise d'adieu.

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1/2 heure plus tard, je suis en mer, je hisse les voiles et me prépare à passer ma 1ère nuit en mer.
Il y a des vagues et du vent, de près malheureusement, c'est donc assez inconfortable mais faut faire avec. A la nuit tombée, je réduis les voiles afin de pouvoir me reposer un peu. Une fois la surface des voiles adaptées au temps, cela rassure et le bateau suit sa route sans problèmes généralement, c'est bon pour le moral...

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Ce 1 er jour, je prends mes repères. Après 1 nuit assez calme, la seconde journée me permettra
de m'amariner et gagner en confiance. En fait je n'ai pas peur, j'aurai juste apprécié avoir 1 équipier car je ne me sens pas l'âme d'un solitaire.

Le 3ème jour le vent tombe dès le matin et je commence à m'inquiéter un peu çar je n'ai pas le plein complet du réservoir et il me reste encore 3 jours de navigation. Cela va me prendre un peu la tête jusqu'au lendemain ou j'aurai la certitude de ne pas manquer de gasoil jusqu'à l'arrivée.
Les conditions alternent entre vent faible, et pétole et je manœuvre beaucoup pour profiter du moindre souffle d'air, pour économiser au maximum le carburant.

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Le jeudi 8 juin est une journée de rêve où je commence vraiment à apprécier ma condition de navigateur solitaire. Je suis bien reposé et j'en profite pour lire à satiété.
A 15 h, je sors le geenaker et le rentre vers 18h, puis je remets le génois et la grand voile haute que j'affale à 22h çar le vent tombe à nouveau jusqu'à 0h30. En gros, ça change toutes les 3 heures et je manœuvre souvent mais vers 3 heures les choses se gâtent sérieusement. Après un petit somme, je réalise que je suis au cœur d'un gigantesque orage, les éclairs zèbrent le ciel tout autour du bateau et j'ai vraiment peur de prendre la foudre. J'ai 1 copain
à qui s'est arrivé au mouillage en Guadeloupe et il s'en est tiré avec 1 sacrée frousse. Il a vu 1 boule de feu dans son bateau et tous les instruments électroniques ont cramé. Si cela m'arrivait, cela aurait des conséquences dramatiques pour moi, comment pourrais je arriver au Rio Dulce sans GPS ni cartographie? Sans penser aux possibles risques d'incendie......

Bon, la situation est restée très tendue pendant 3 heures au cours desquelles je me suis fait beaucoup de soucis. J'ai coupé pratiquement tous les instruments pour essayer de les préserver ainsi que le moteur dès qu'il y avait 1 souffle d'air. Heureusement, çe n'était pas mon heure..... Mais cela reste la pire nuit que j'ai jamais passée en mer!

Le 9 vers 10h, le bateau file à 6 noeuds, mais la mer est formée et le bateau tape dans les creux, les impacts sont assourdissants et m'atteignent dans ma chair, je souffre pour mon bateau, mais je n'ai pas trop le choix, il faut continuer en espérant que les conditions vont se calmer....
Le soir, le soleil me gratifie d'1 fabuleux spectacle, il semble émettre des reflets d'argent qui se reflètent sur les nuages alentour, discrètement voilé par un filtre de couleur, sublime!
Le courant me porte, la nuit s'annonce douce, ma dernière nuit de navigation.....

Le lendemain à midi, après avoir croisé plusieurs cargos, j'atteins Livingston et je jette l'ancre
devant la bouée d'entrée du Rio Dulce. Là, j'attends l'arrivée de la lancha ( grosse barque) de Raul qui doit me remorquer pour passer le seuil d'entrée d'1,50 mètres demain matin. Dans la nuit, un fort grain me tombe dessus et me fait dériver d'1 mile vers le large, çe dont je ne m'apercevrais qu'au réveil, le lendemain matin. J'ai eu de la chance de dériver dans ce sens, je m'en tire sans aucun dommage.
Vers 9h, la Lancha arrive, me prend en remorque et nous voilà en route vers ce fameux seuil qui
m'angoisse quand même un peu çar je crains que mes 2 quilles et mon safran, longs d'1,80 ne râclent le fond, malgré le fort coefficient de marée. Ce qui peut engendrer quelques soucis....
Nous fonçons vers le seuil à plus de 6 noeuds et dès que le fond remonte brusquement, la vitesse tombe à 3, puis 2, puis 1,5 noeuds... Le bateau se dandine un peu sur ses 2 quilles, je mets un peu de moteur pour l'aider à progresser et éviter qu'il s'immobilise, tout en priant que mon safran ne souffre pas de çe contact violent avec le sable. Le passage dure un demi mile et je ne suis soulagé que lorsque la vitesse augmente à nouveau. Décidément, je souffre souvent pas mal pour mon cher bateau! Nous arrivons devant Livingston où je peux mouiller tranquillement dans un fond de 4 mètres. Peu après, les autorités arrivent pour effectuer les formalités d'entrée. Une fois celles ci accomplies, vers 11h, je suis libre et descend visiter la charmante ville de Linvingston. J'y reste toute la journée, déjeune dans un petit boui boui, rencontre un marin qui me fait visiter la jolie plage à l'est de la ville, avant de retourner à bord.

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Le lendemain, vers 13 h, j'entame la remontée du Rio Dulce et traverse de superbes paysages.

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Vers 13 h, je m'arrête pour dormir dans le " golfete", une espèce de grand lac tout en longueur. Des Indiens circulent près des berges en pirogues, certaines étant pilotées par des enfants.

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C'est un petit paradis cet endroit et si je n'avais pas à m'occuper de mon billet d'avion pour rentrer, j'y aurai passé quelques jours de plus. Je profite de la quiétude des lieux pour prendre une très agréable baignade dans l'eau douce et chaude. Le lendemain, je poursuis ma remontée du Rio Dulce et j'arrive enfin à la marina Tortugal où j'ai la bonne surprise de voir mon copain basque, J Jacques prêt à me prendre les amarres, à côté du bateau de J Pascal et Fanfan, je suis décidément en terrain connu. D'autant que nous sommes dans la province "Izabal", un nom à la consonance basque on dirait bien.......c'est d'ailleurs aussi le nom du grand lac ou le Rio Dulce prends sa source.
La boucle est bouclée, Aotearoa est amarré à la marina Tortugal jusqu'à début septembre, et il va affronter les 1 ers mois de la saison cyclonique en toute sécurité.

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Je passe une dizaine de jours dans la marina avec mon copain Jean Jacques, nous faisons quelques courses dans la ville de " Rio Dulce" et en profitons pour aller goûter quelques spécialités locales, très proches de la cuisine mexicaine.

La veille du départ, je prends le bus pour Guatemala city vers midi et il nous faudra 8 h pour gagner la capitale, malgré la conduite hyper sportive, voire un peu inconsciente du chauffeur
Qui dans chaque descente se colle sur la voie de gauche et double un nombre impressionnant
De voitures, un peu flippant, même si je suis plutôt adepte de la conduite dynamique....
La pluie nous accompagne à la fin du parcours mais ne fait aucunement baiser la moyenne!
Je mets pied à terre avec soulagement et gagne ma "casa particular" ou je prends un peu de repos avant mon long vol du lendemain qui va me faire transiter à Miami puis Madrid avant de me poser à Fontarrabie, l'aéroport de Saint Sébastien.

Je serai de retour au Rio Dulce le 1 er septembre avec mon équipier Hervé et nous mettrons le cap sur Cathagène en Colombie.

Rendez vous cet automne pour la suite de nos aventures.