Nous ne tardons pas à passer au large de Roatan et des 2 autres petites îles du Honduras qui nous permettent de recevoir et envoyer nos derniers sms. Dorénavant, seul le téléphone satellite nous reliera à la terre.

De jolis petits oiseaux viennent se reposer à bord à plusieurs reprises et ils jouent les vedettes, peu effarouchés par nos appareils photos. 

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Nous avons la chance de pêcher une belle dorade coryphène dont nous nous régalerons pendant 3 jours, c'est la fête à bord! 

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La navigation se poursuit dans une certaine euphorie car le vent et la mer nous sont favorables. La nuit nous naviguons le plus furtivement possible sans signaler notre présence et cela s'avérera judicieux car le 9 septembre vers 22h, alors que je suis de quart, je discerne nettement le bruit d'un moteur sans apercevoir la moindre lumière, il semble que nous ne soyons pas seuls et que les occupants du bateau en question cherchent à passer inaperçus. Evidement, je pense aux pirates et l'adrénaline afflue, mais l'obscurité nous enveloppe et étant sous voile, nous n'émettons pas le moindre bruit, rien ne trahit notre présence. Au bout de quelques minutes qui me semblent bien longues, le bruit diminue et j'en suis extrêmement soulagé. 

Dès notre arrivée à Cartagena, mon copain Florian nous fera part d'une attaque contre un bateau français dans cette zone. 3 lanchas ( bateaux à moteur) ont abordé de nuit ce voilier, 11 hommes sont montés à bord, ont pillé le bateau en bousculant la femme du capitaine ( sans pour autant l'agresser) et sont repartis à l'arrivée d'un cargo alerté par le capitaine, venu leur prêter assistance. Ce genre d'expérience doit être assez traumatisant et cela finit parfois de façon tragique. 

Notre navigation se poursuit et nous nous éloignons jusqu'à 80 milles des côtes ( environ 150 km) mais nous n'aurons pas d'autres incidents à déplorer. 

Le 12 septembre, nous laissons derrière nous la pointe nord est du Honduras et 100 milles plus loin, nous mettons le cap au 151°, donc sud est, pour faire route directe sur Cartagena. Il nous faut cependant slalomer entre des hauts fonds assez scabreux par mauvais temps et c'est à ce moment que notre logiciel de navigation, qui donnait déjà des signes de fatigue, commence à faire véritablement des siennes. Il se coupe régulièrement, refuse de nous donner la position, le cap, la souris devient inopérante, bref, c'est la tuile. Heureusement, nous disposons d'une carte papier de la zone et d'un GPS qui nous permettent de nous positionner sur la carte et de tracer notre route. 

La chance continue de nous accompagner car les vents nous permettent de faire quasiment route directe sur notre port d'arrivée. 

Le 15, une nouvelle coryphène s'accroche à notre ligne, c'est une battante, elle remonte à hauteur du bateau sur tribord puis sur bâbord et il me faut batailler un moment avant de l'amener à l'arrière et de la faire monter à bord. Mais elle n'abdique pas, j'essaie de l'immobiliser en vain avec mes mains à 2 reprises mais elle se débat tellement qu'elle finit par m'échapper et par retourner à l'eau. Pas grave me dis je, elle est ferrée, mis elle tire si fort qu'elle casse la ligne et s'échappe avec l'hameçon en guise de piercing, la guigne, mais elle a bien mérité de retrouver la liberté. 

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Notre descente se poursuit dans le golfe du Nicaragua, les milles défilent et nous sentons la terre se rapprocher. Depuis le départ, nous avons été épargnés par les orages, mais toutes les nuits, les éclairs illuminent le ciel et les masses impressionnantes des nuages, heureusement à distance respectacle d'Aotearoa, jusqu'à la dernière nuit en vue de Cartagena. 

Le 17 septembre, pendant le quart d'Hervé, un énorme coup de tonnerre retentit et me fait sursauter pendant mon sommeil. 

Hervé lui aussi est surpris et voit avec effroi un éclair taper la surface de l'eau à quelques dizaines de mètres du bateau. Il m'avouera avoir eu vraiment peur, je le crois volontiers car j'ai vécu la même angoisse entre Cuba et le Guatemala. Heureusement, aucun autre éclair ne viendra flirter avec Ao et quelques heures plus tard nous assistons à un superbe lever de soleil sur Cartagena. 

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Vers 8 heures nous entrons dans la baie et à 10 H nous mouillons devant le club nautico. Je contacte mes amis Florian et Hélo qui sont là depuis le mois de juin car je ne vois pas leur bateau, Esperanza. Ils sont à une vingtaine de mille, dans la Cienaga de Cholon et arriveront en fin de journée. Le soir, nous les invitons à bord pour de chaleureuses retrouvailles et partager nos expériences respectives depuis notre séparation en Guadeloupe fin mars. 

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Ils nous informent que Maria, le 2 ème méga cyclone de l'été, menace lui aussi le nord des Antilles et qu'ils sont sans nouvelles de leurs amis Louis et Grazziela qui ont fui précipitamment les Saintes et pris la mer pour se mettre à l'abri. Ils ne se manifesteront que 2 jours plus tard et avoueront s'être fait très peur dans une mer démontée avec des creux de 6 mètres. 

Quant à nous, nous sommes maintenant en sécurité et allons profiter de la présence de nos amis pour découvrir avec eux les mouillages sympas de ce beau pays qu'est la Colombie. A très vite pour la suite des aventures d'Aotearoa.